De la prescription de l'inceste....

Ne pas prescrire l'inceste... Ne pas oublier que c'est un acte monstrueux qui détruit une vie ou plusieurs vies de manière toujours "quasi" définitive...

Ce thème de l'imprescribilité de l'inceste est fondamental. Pour sa part, le législateur y a apporté une réponse "temporaire" en augmentant le délai de prescription de 10 ans de plus, soit 20 ans après la majorité. Oui, mais...

Mais tout n'est pas dit avec cela, tout n'est pas réglé pour des victimes qui souffrent jusqu'à leur dernier jour, de l'impunité qu'offre notre justice à leur tortionnaire. Le temps n'efface rien, rien du tout! Comment le faire comprendre sans soulever tout un tas d'arguments purement juridiques?

A cela, on nous répond : la loi n'a pas pour rôle de réparer mais simplement de sanctionner un délit ou un crime. Soit, je peux le comprendre... Mais qui donc peut alors aider une victime trahie par tous, même par la société? Comment lui demander de s'y intégrer, de s'y consacrer, d'avoir envie d'y vivre quand notre confort "juridique" nous invite à aller au plus simple et non au plus "juste"?

Oui mais avec les années, nous dit-on encore, les preuves disparaissent et le procès ne repose plus alors que sur la parole de l'un contre celle de l'autre. Est-il alors nécessaire de rappeler que cela reste vrai même dans le cadre du délai de prescription légale! Durant le procès qui m'a opposée à mon père, c'est la cohérence des témoignages qui a été l'élément de preuve central!

Si seulement chacun des législateurs pouvaient prendre conscience de ce que la voie judiciaire m'a apportée, elle ne pourrait plus restée aussi insensible à l'importance de ne pas prescrire le viol d'un enfant!

Aujourd'hui je peux vous assurer, que même si seulement deux jours de bonheur m'avaient été donnés après toute la souffrance que j'ai connue, j'aurai voulu absolument y avoir droit! A 20, à 30 et même à la fin de ma vie! Mourir en sachant que le mal ne triomphe pas est une façon de continuer à vivre, une manière de partir en sachant que toute une vie valait la peine. Ce n'est pas seulement là une façon de "soigner" le passé mais c'est là aussi une véritable chance de changer le futur de toute une famille et de toute sa descendance.
# Posté le mardi 12 juin 2007 12:40
Modifié le samedi 16 juin 2007 14:21

Sur la question du maintien de la relation père-enfant après l'incarcération du père incestueux

Cecilia (voir article 2) me pose des questions auxquelles je vais essayer de répondre, de mon point de vue et de celui de mon expérience personnelle. J'espère que chacun de vous aura envie d'apporter quelques éléments supplémentaires à sa réflexion et à mon témoignage.

En ce qui me concerne le problème ne s'est pas posé dans ces termes pour deux raisons :

- j'étais déjà adulte lorsque mon "père" a été incarcéré en juin 2000
- je n'ai jamais ressentie le besoin ou même l'envie de garder un quelconque contact avec lui, bien au contraire.

Après sa mise en examen et tout au long de la procédure, j'ai peu à peu découvert l'homme qu'était vraiment mon "géniteur". J'ai alors souffert au delà du descriptible car tout enfant garde au fond de lui l'espoir de pouvoir "retrouver" son père. Mais rien, à aucun moment, n'a laissé un tel espoir grandir ou même survivre en moi. L'homme auquel je me confrontais dans ce tribunal ne méritait pas le titre de père et j'ai pris le temps nécessaire pour accepter cette cruelle, mais néanmoins incontournable, réalité. J'ai fini par accepter que j'avais été enfantée par un monstre et par une lâche. Insupportable vérité au début, je la vis aujourd'hui comme une fatalité de plus.

Je mentirai si je disais qu'il ne m'arrive pas encore de souffrir de l'absence de mon père et de ma mère dans mon quotidien et tout au long de cette aventure qu'est la vie. Mais, malgré cela, je suis devenue plus forte et vraiment adulte, le jour où j'ai arrêté de les "attendre". Attendre que mon père devienne un homme bien et que ma mère comprenne enfin ce qu'en être une signifie. C'est l'espoir déçu continuellement qui blesse parfois jusqu'au désespoir total. Accepter la réalité, c'est le début d'une nouvelle vie : sans parents, sans mensonges, sans espoirs déçus. C'est aussi découvrir ce que signifie réellement aimer et être aimée, découvrir le sentiment d'être respectée, redevenir simplement un être humain et non plus l'objet de toutes les monstruosités ou de toutes les lâchetés.

Je n'ai pas oublié d'où je viens mais je sais aussi maintenant que ces "parents" ne m'ont pas aimés, pas protégés, pas aidés à grandir. Il a fallu que d'autres m'aident à réapprendre ce qu'il s avaient faussé en moi. Qu'ils m'aident à oublier tout ce qui n'existerait jamais plus pour moi.

Ceci m'amène donc à te répondre cela : je ne crois pas qu'il faille maintenir un lien entre un enfant abusé et son père abuseur (ou sa mère le cas échéant). C'est le laisser dans un monde perverti, construit sur la destruction et le mensonge. AUCUN parent digne de ce nom n'abuse de ses enfants. AUCUN! Au contraire, c'est lui ou eux qui apprennent à leur petit à avoir confiance et à se faire confiance pour avancer et pour réussir sa vie.

C'est difficile de grandir sans parents, je ne le sais que trop bien. Je n'ai pas grandi avec eux, j'ai grandi contre eux... Il est si cruel de grandir en étant convaincu qu'on ne peut être "aimé" qu'à condition de devenir la victime ou l'objet de l'autre.

Lorsque la définition de l'amour, sentiment si complexe, est faussé, c'est toute une vie qui est détruite. Car la quête d'un geste tendre ou d'un "je t'aime" peut amener vers l'asservissement total d'un être, vers une destruction trop souvent fatale. L'homme ou la femme qui a violé son propre enfant ne mérite pas le nom de parent, de géniteur tout au plus. Faire croire que de tels personnes peuvent un jour, devenir ou redevenir des parents est un mensonge de plus. Qui sait même si ce n'est pas le mensonge de trop...

Je vis aujourd'hui en sachant que des "gens" m'ont amenée au monde, je sais aussi que je n'ai jamais eu de "parents". Si j'en avais eu, je n'aurai pas eu à écrire tous ces mots...
# Posté le mercredi 23 mai 2007 14:01

Présentation du Livre

Présentation du Livre
Titre: Crimes sans Traces - Chronique d'un Inceste Dénoncé
Auteur: Marie-Thérèse de Fontenelle
Edition: Des Idées & des Hommes
Site: http://www.marie-de-fontenelle.com/



Ce n'est pas tant mon histoire qui est importante mais bien ce qu'elle incarne . En effet, je pense que j'appartiens à ce qu'on pourrait appeler une "3ème génération de victimes de l'inceste".

Comment oublier la première qui n'a jamais été ni écoutée, ni entendue par personne? Puis la deuxième que l'on a commencé à écouter mais qui n'a jamais réussi à se faire entendre par la Justice... Et enfin cette «3ème génération» dont j'ai fait partie et qui commence non seulement à être écoutée mais aussi à être entendue par une Justice qui restait sourde ou trop souvent impuissante jusqu'ici.

Pourtant, malgré des progrès indéniables durant ces dernières années, un long chemin reste encore à parcourir pour que la Justice puisse aller jusqu'au bout de sa démarche et qu'un juste dénouement, comme celui de mon histoire, ne soit plus une exception.

La Justice est la seule à pouvoir offrir une seconde chance aux victimes de l'inceste car, même si l'on ne peut rien effacer d'un viol incestueux, on peut aider à soigner les blessures du passé et offrir ainsi un futur à tous ces innocents. Cependant il faut que soit définitivement admise une réalité propre à toutes les victimes : aucun avenir ne pourra jamais être possible pour elles sans la reconnaissance des horreurs passées.

M.T. de FONTENELLE - mars 2007


Une semaine avant la prescription, Marie Thérèse de Fontenelle porte plainte pour viol contre son père. Une semaine seulement...

S'ouvrent alors devant elle les portes de la Justice et le chemin d'une réalité qu'elle est encore loin d'imaginer.

Qui se cache derrière le masque de son agresseur?
Combien de crimes a-t-il commis en utilisant sa fille tour à tour comme objet sexuel, appât et bouclier humain?

Avec l'énergie du désespoir, ce témoignage nous entraîne dans un combat sans répit mené jour après jour, page après page pour faire éclater une terrible vérité : celle de l'inceste.

Un récit haletant, rythmé par les battements de c½ur de la victime et qui dévoile un pervers incestueux, un prédateur, qui manipule ses victimes et les confine au silence, pour mieux dissimuler ses crimes et échapper à la Justice.

Mais l'enquête démontera les mécanismes d'un piège effroyable où rebondissements, révélations inattendues et victimes se succèdent. Le verdict sera sans appel pour l'accusé.
# Posté le samedi 14 avril 2007 04:41
Modifié le samedi 15 décembre 2007 08:33

Présentation de l'Auteur

Marie Thérèse de Fontenelle est née à Cordoba en Argentine. A 4 ans, elle quitte sa terre natale avec ses parents et sa s½ur pour s'installer en France. Malgré son enfance douloureuse, son adolescence torturée et sa vie de jeune femme amputée, elle reste une optimiste convaincue.
Forte de son combat et de sa passion pour l'écriture, elle se raconte dans ce premier livre, désireuse de faire avancer « ne serait-ce qu'un peu » le combat contre un crime « pas comme les autres ».
# Posté le samedi 14 avril 2007 04:36